F I L O : A C T E S

Divagations diverses

Le dessin d'enfant

le 06/10/2005 à 02h49
Je marchais dans une rue déserte, balayée par un vent d'hiver, comme il en souffle dans les pays du nord.
Le charme de la rue était dû à l'absence des gens qui par beau temps envahissent Reykjavik dans ses moindres recoins.
Les rares passants courbaient leurs silhouettes anonymes sous l'assaut de l'air glacial, dans l'espoir de fendre son souffle souverrain.
Des feuilles, des branches, des papiers, des cartons, volaient et glissaient tous dans la même direction, comme animés d'une existence propre, fuyant dans leur course effrénée un mystérieux et terrible ennemi.

J'avançais dans le même sens et me laissais entraîner par cette force impérieuse, dégustant mon errance atypique, m'y livrant tout entier en jubilant au lieu d'y résister, comme un voilier emporté par un vent propice. La poussée de chacun de mes pas était décuplée et je n'avais pas envie de m'arrêter, me sentant de traverser la ville juste pour le plaisir, sans but véritable, et sans la contrainte de l'Heure, celle qui attend toujours l'occasion d'opresser les consciences et d'aliéner les tendances aux rêves et aux passions, bref à la méditation.

Je pris le pont enjambant l'Ellidaar pour essayer d'apercevoir des saumons, mais je sentis une feuille de papier se plaquer contre ma jambe sans vouloir se détacher et passer son chemin.
L'esprit ailleurs, au lieu de remuer la jambe pour qu'il s'envole et continue sa route, je pris le papier et le regardai, dans l'espoir fugace de tomber sur un secret, quelque chose d'intéressant, d'exceptionnel, un événement, une surprise, juste quelque chose.
C'était un dessin, exécuté sans aucun doute par un enfant.

La nuit n'était pas encore tombée et je distinguais parfaitement tous les traits colorés. Au centre un grand coucher de soleil surplombait la mer et son horizon droit, avec des mouettes un peu partout, un phare sur des rochers à droite du dessin, et une plage déserte tout en bas, avec seulement quelques pierres et quelques ombres de dunes.

Le dessin aurait été composé de ces seuls éléments, je ne l'aurais peut-être pas conservé depuis, mais tout le mystère et la force du message tragique de ce tableau consistaient en trois barreaux noirs et gris qui couvraient toute l'harmonie du reste, en guise de premier plan. Trois barreaux semblables à ceux qu'on place aux fenêtres des prisons, comme si on voyait la scène d'une cellule.

L'enfant, de son écriture grossière et mal assurée, avait signé de son nom en bas du dessin.
Quelle stupeur, quelle étrange surprise! Quelle déconcertante coïncidence :
c'était mon propre prénom!
J'avais déjà été amusé de découvrir qu'un hôtel de Reykjavik porte mon prénom, mais qu'un enfant de ce bout du monde s'appelle comme moi, et surtout qu'un tel rapport soit établi entre nous, par ce dessin si chargé de signification, m'apparut tout sauf anodin.
Malgré mes recherches, je n'ai jamais pu trouver cet enfant.

Peut-être a-t-il enfin réussi à s'échapper, à franchir les barreaux et, hissant les voiles, fuir comme un voiler emporté par le vent propice, gonflé de liberté.

La célébration du silence

le 06/10/2005 à 02h50

Je suis là,
seul et inutile,
tel un cri dans le désert infini,
tel une musique messagère se perdant dans le ciel étoilé.
Malgré les silhouettes imprécises qui m'entourent, la solitude et le silence m'envahissent, et je les laisse faire, sans trop savoir pourquoi.
Le charme conditionné et secondaire du symétrique se perd dans les profondeurs de ma mémoire épuratrice.
La nature subsiste pourtant, et le coucher de l'éternel écarlate allonge plus que de raison mon ombre ensanglantée sur le sable virtuel de ce faux désert.
Malgré moi le crépuscule de la réalité se perd dans la nuit sombre qui se lève, majestueuse mais tyrannique:
l'Ombre du Quotidien.
La solitude ne m'est alors plus infligée, elle me sera désormais utile et intègre.
Je me déguise en musique, couleur chagrin, je m'élève, je m'arrache du silence, je m'accroche suppliant aux lambeaux brumeux de l'Ombre, redoutant l'imprécation suprême, la malédiction éternelle, proférées en fait par mon autre moi-même.

Mais la nuit s'achève tôt ou tard:
Maudit des maudits, je suis alors condamné à renaître. Je vais traverser à nouveau un autre désert virtuel, dont chaque grain identique au précédent ose encore me faire croire à sa différence, à son caractère unique.
Mais je les connais trop bien à présent, je sais les reconnaître: les espoirs insatisfaits, les conventions, la souffrance, l'égoïsme, le conditionnement, le pouvoir, le fanatisme, la banalisation du sexe, de la violence et de la mort, et quelques simulacres de bonheur...
Puis à nouveau resurgira l'Ombre, trop inquiété par ce mirage de vie.
De nouveaux prétextes seront trouvés pour absoudre cette erreur de réalité, et le retour à l'état de cri en sera la récompense... ou le châtiment.

Deux portes:
la mort ou l'amour.
Ils prétendent être éternels.
Mais sait-on jamais. Et puis l'Ombre ne pardonne pas: les échappatoires sont interdites.

Je me suis pourtant décidé à essayer: j'ai choisi l'amour.
Subsistera-t-il dans cette nouvelle vie de vigilance, où l'Ombre court à mes trousses?

Impuissant, le moi-témoin, celui qui parle, ne veut plus être seul, et j'assiste à cette guerre quasi-divine,
lançant un appel dans lequel je m'élève,
tel une musique messagère se perdant dans le ciel étoilé,
tel un cri dans le désert infini,
et seul et inutile,
je suis là.

(sonnant le glas de toutes les joies perdues et à perdre,
mais du peu de sagesse acquise,
la célébration du silence)



La création émerge souvent de rien.

Ici, la vie frémit en silence. Elle pourvoit aux aspirations secrètes des hommes qui, à la vérité, ne se soucient guère du silence.
Le silence recèle pourtant le potentiel essentiel de l’inspiration authentique.

Le silence est un terrain fertile et virginal où nous pouvons planter et cultiver toute la matière nécessaire à la création.
Car à travers le silence, c’est en nous en vérité que nous puisons.
Le créateur en action au cœur du silence se détache des influences externes et adopte une démarche introspective libre et disponible. Si cette démarche est en plus délibérément détachée du passé acquis, du souci de paraître et de toutes les aspirations de l’égo,
là peut résider le génie.


Le réveil, fidèle et ponctualissime traître, m'extirpa brutalement d'une cauchemardesque expédition aux macro-contrées inhumaines d'un tapis persan percé.
Un rêve quadrichromique où j'affrontais de terribles acariens cariés aux hurlements solides et avariés, qui me cernaient de toutes parts et de part et d'autres.
Et d'autre part une femme les commandait, et il fallut que je la supprime à coup de culotte souillée (je sais mais c'est un rêve).
Son hurlement se joignit à ceux des monstres avant mon retour à la réalité. J'errai alité un moment avec au fond des oreilles ce cri terrible qui me collait encore aux tympans tel un vieux bout de scotch non-repositionnable, puis je m'éjectai du lit comme d'un vaisseau jetable en perdition avec un élan de force 5 sur l'échelle riche de l'éther qui en comprend 7.

Je me traînai à la force des entrailles jusqu'aux toilettes, cet atelier secret de création éphémère et honteuse, déjà ouvertes à cette heure industrielle sans dettes.
J'y lâchai du lest pour aller l'esprit léger à l'assaut de cette journée intense où je ne croiserais aucun Serbe, bref exacerbée.

Après un café brûlant comme le désir et noir comme le regard d'un cocu transi, je rengainai ma nonchalance et m'immisçai dans ma tenue blême de passant, après avoir taillé trois fois en une l'ombre de ma barbe bien née, et me projetai à l'extérieur comme un homme pressé ayant subi l'ablation de la rate.

Dans le coupe-gorge desservi par sa réputation et par une ligne de bus sans impérialité, je slalomai entre les merdes (hétéroclites par leur formes et homoclites par leur odeur) des meilleurs amis de l'homme.
Je m'appliquai à cet exercice sans le corrigé, jusqu'au rond-point dont la rondeur mensongère tirait plutôt sur une fourbe quadrature.

J'arrivai à mon rendez-vous pile à l'heure et face à l'employée de banque, dont les atouts majeurs n'étaient pas dans la manche. Son affabilité nonchalante, affabulant peu le chaland certes, mais follement achalandée, acheva de m'affaiblir par son chant obnubilé.

"Avez-vous eu les résultats de vos examens? me dit-elle avec une sincérité à faire voter un suicidaire.
- Oui, j'ai réussi aux deux, répondis-je avec une fierté bassement hautaine.
- Hé bien donnez-moi les attestations, je vous prie, Monsieur".
Je pris sur moi -et ce fut au prix d'un lourd parti-pris- pour ne pas relever le "Monsieur", titre appropriatif et obsolète dont le sale caractère formel m'insupporte depuis exactement trois ans, sept mois et onze jours.

Mais sa propre ignorance, loin d'être crasse, était compréhensible, puisqu'elle me connaissait peu et elle n'avait pas encore recueilli ma semence, ce qui en théorie n'allait d'ailleurs pas tarder.
Je lui tendis donc les papiers en question avec une impatience incongrue (enfin il ne me semble pas qu'elle fut congrue).
- Bon les examens de sang, c'est bon, ceux d'urine aussi... Parfait Monsieur, suivez-moi je vous prie."
Je ne relevai pas le "Monsieur" (il n'en avait pas besoin, il était déjà trop bas), mais je retins tout de même une crise, en réponse à sa prière qui me toucha à un point nommé dont j'ai pourtant oublié le nom.

Elle m'invita à entrer dans une petite et sombre salle sale où trônait, monarchique, un gigantesque écran vidéo. Face à lui un fauteuil en skaï rouge, à sa gauche un distributeur de mouchoirs en papier et une poubelle de sanitaire, à sa droite une table basse couverte de magazines de cul où était posé une télécommande. Sur le magazine le plus visible, une blonde arborait une poitrine siliconée à outrance et un string de 3 centimètres carrés au bas mot, comme en cent.
La fille ressemblait fortement à l'employée, qui m'apparut soudain bandante lorsqu'elle me tendit un petit pot en verre.
"Vous n'êtes pas obligé de remplir ce flacon, une goutte suffit. Voilà, je vous laisse!
Elle me tourna le dos et se dirigea vers la porte aussi entrouverte que sa jupe. J'eus alors le loisir d'observer le plus beau cul qu'il m'ait été donné de voir de toute ma vie de mateur de culs.
- Attendez, Mademoiselle!
Elle se retourna et m'asséna un "Monsieur?" de plus, mais vu le contexte hautement érectile, je décidai de l'ignorer.
- Si vous voulez mon sperme, il faudra l'obtenir à la force du poignet, au minimum, le maximum étant large.
- J'espère que vous n'insinuez pas ce que je crois comprendre? Car il faudrait me passer d'abord sur le corps!
- Je ne me branlerai pas devant des images à deux dimensions, ça ne marchera pas, vous pourriez y mettre un peu du vôtre!
Elle sourit comme à un enfant décérébré addict au doom-like face à une panne de secteur, sans se démonter.
- Si vous n'y arrivez pas tout seul, tant pis, nous nous passerons de votre sperme. Vos gênes ne nous sont pas indispensables, et votre sans-gène est relativement génant. De plus sachez que mes fonctions ici s'arrêtent à l'accueil."
Alors, le menton haut et le Dim-up bas, elle prit la tangente, en reniflant à s'en déchirer les cosinus, et me laissa seul avec mon érection qui, si brutalement laissée pour compte, perdit aussitôt de son répondant, à une question jamais posée.

Constatant alors la mollusque condition de mon cinquième membre, je décidai de prendre les choses en main.
J'avisai à quatre heures la télécommande, outil abhorré du consommateur moyen, ici cantonnée à des choix limités:
- films hétéro: 1, 2, 3 et 4
- films homo: 1, 2
- marche/arrêt.
Un bref mais violent coup d'oeil sur chaque programme me jeta dans une frustration sans nom, ou alors je l'ai oublié.
"Diantre, peste, bisque!" fis-je, profitant habilement de mon isolement pour essayer l'efficacité de nouveaux jurons glânés ça et là à la bibliothèque associative de Saint Jean de Cuculles, ...pas de zoophilie, de scatophilie, d'urophilie, spasmophilie, agraphilie, aérocolophilie (ou carminophilie), herpétophilie, asymétriphilie, halitophilie, emetophilie, pectophilie, cystophilie, phasmophilie, cartagelophilie, cruciverbophilie, tomophilie, ménophilie, arachnophilie, claustrophilie, homophilie, filophilie, écépaencorphilie...

Par un suprême et héroïque effort de civilité, je réussis à ne pas me mettre dans tous mes états, surtout en même temps car ils auraient été unis. Je me redressai (moi, pas mon membre) soudain sans réfléchir, l'esprit vide et la coupe pleine, pris la porte à pleine main et surgis en trombe dans la salle d'accueil, rejoignant le cul d'accueil et l'employée qui allait autour, exigeant céans sa culotte, pour me permettre de combler mon fantasme impérieux et ainsi remplir ma mission.

"Ma culotte, maintenant? Rien que ça? dit-elle l'air subjugué.
Cette subjugation manifeste me redonnant aussitôt de l'ardeur opéra alors un mécanisme fréquent chez l'homme (c'est prouvé scientifiquement): le transfert immédiat du volume de ma matière grise dans celui de mon corps caverneux.
- Oui! Rien que ça!"
Et je me mis en devoir de l'aider à retirer l'instrument de mon fantasme sur le champ et sur la moquette.

S'ensuivit alors un affrontement de points de vue... Nous en vînmes bêtement aux mains, et j'eus la main lourde et le bras long.
Dans un brouillard imprécis j'eus la vague impression d'être pris à (et aux) partie(s) par de gros bras et de me faire réexpédier dans mon monde onirique du matin.

Voilà comment je me suis retrouvé dans cette cellule, accusé du crime d'une employée dont je ne désirais que la culotte, bouclant une boucle commencée le matin même avant le réveil.
Ô outrage! ô réquisitoire ! ô gonzesse ennemie ! Ne suis-je donc qu'un trou-du-cul pour cette érotomanie?

En ce moment je suis un peu à côté de mes pompes
qui elles-mêmes sont un peu à vélo
qui lui-même pédale un peu dans la choucroute
qui elle-même n'est plus tellement garnie

Je ne sais même plus où est mon Ornicar
s'il est encore en vie,
envie de continuer à laisser
être carrés les points-d'orgue sur les i
J'arrête de battre la campagne
pendant qu'elle est encore chaude

Je lui laisse les fers
et je me retire à hue et à dia
dans ma faibleresse
de lâcheté sous-tendue
bref, je perds pied.

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