F I L O : A C T E S

Parasite (P)

L'avènement

le 22/03/2007 à 10h58
Voici venu le temps des plantes pédagogues,
Elles nous enseigneront la couleur du temps,
Les vicissitudes capricieuses du vent,
Le chuchotement des étoiles et leurs dialogues.

Voici venu le temps où chantent les rivières,
Leurs plaintes subliminales scintilleront
Au delà du doute et de la compréhension
Dans nos crânes, nos organes et nos artères.

Voici venu le temps de la maturation,
La terre fertile nous propose en prologue
Les germes nouveaux d'une vie sans dieux ni drogues
Voici l'avènement de l'émancipation

Voici enfin venu le temps du changement,
Chacun se tournera vers son voisin son frère
Lui prendra la main et d'un sourire sincère
Fera de la paix son immuable serment

Turlututu

le 22/03/2007 à 10h59
une danseuse
en tutu
joue l'allumeuse
et moi le bourru

elle me chauffe
et j'halète
je l'apostrophe
pour qu'elle m'allaite

elle mate
ma braguette
puis me flatte
la baguette

je lui susurre
du chaud pain
une ouverture
sans baratin

alors elle m'offre
sa gorge déployée
la belle a du coffre!
me voilà augmenté

la vorace
m'astique
pourvu, de grâce!
qu'elle ne mastique

lorsque irrépressible
se met en branle
la montée indicible
j'en tremble

mais la gloutonne
n'en a cure
elle me ramone
me transfigure

alors j'expectore
mon désaveu
et elle pérore
d'un sourire baveux

Ni beau ni laid

le 22/03/2007 à 11h01
Ni lesbos ni bolet
ni macho ni pédé
ni bobo ni olé-olé
ni libido ni boulet
ni bonobo ni delay-delay
ni gogo ni coincé
ni semi-gros ni soldé

Si Dieu m'a fait à son image, comme il est dit,
cette face-de-rat n'est pas bien malin.
Il aurait pu corriger un peu son visage
histoire de me laisser parfois la main

Je suis tel que la nature m'a fait, comme chacun,
quelques trait sont certes plus accentués,
mais si ça ne vous plaît pas, passez votre chemin.

Mais, pourquoi tout le monde s'en est allé?

J'ai pris la mer

le 22/03/2007 à 11h02
J'ai pris la mer car j'avais le mal de mère
J'ai fui une existence percluse de fuites
J'ai salué les embruns salutaires
J'ai milité sur le pont des anciens mythes

Au delà de l'horizon, des terres et de l'eau
Loin de la quiétude de ma chambre inquiète
J'erre libertaire et ne trouve aucune terre libre
Hiver comme été je ne respire, jusqu'à en être ivre,
Que cet air marin, dans ce périple aux airs de quête
Faussement mû d'entrain mais déjà entamé par la faux

J'ai hésité sur le fond des anciens sites
J'ai maugréé en empreintes grégaires
J'ai orbité à l'incontinence des limites
J'ai perdu la foi en mes pairs à cause du père.

Histoire de faussaire

le 22/03/2007 à 11h04
L'autre jour je m'étais sapé pour aller à la banque, un de ces lieux où il convient de bien se tenir. Faut surtout pas se faire mal voir dans ce genre d'endroit, et donner à penser qu'on pourrait être un va-nu-pieds ou un branleur.
J'ai dû attendre mon tour pour une affaire sans intérêt ici, genre convocation pour remontrances. En effet je suis un mauvais client pour ces housses à balai, moi.
Bref, j'attendais mon tour et observais un peu l'ambiance.

Et là j'ai eu un flash de lucidité, comme si soudain j'atteignai un niveau supérieur d'acuité et d'observation objective, détaché des us et coutumes bienséants et des réflexes pavloviens dictant notre comportement normal en société.
J'ai réalisé brusquement combien était artificielle la conduite des gens présents dans ce local au confort illusoire, à la moquette rêche d'apparat, au murs en plastique, et à fortiori le comportement de tout le monde. J'étais dans une vitrine. Comme dans la chanson de Brassens, "Histoire de faussaire", où tout est inauthentique... où tout repose sur les apparences.

Ces gens qui font semblant de ne pas penser qu'à leur gueule, au sexe et au fric. Ces gens qui font comme s'ils ne dégageaient pas, eux aussi, des odeurs parfois atroces du fin-fond de leurs chiottes, avec leur têtes sans sourire, leurs cheveux bien coiffés et leur senteurs écoeurantes de Fabergé.
Je me suis senti écoeuré par cette antinomie avec la nature, par cet éloignement extraluminique avec les mammifères que nous sommes à la base.
Moi je suis peut-être moche, mais je souris tout le temps. Quelque part, ça rattrape.

Une grosse femme molle aux chaussures pointues, vague mélange entre des baskets et des santiags, bref parfaitement ridicule des pieds (le reste je préfère pas en parler par décence), était en train de faire son petit scandale de conne capricieuse et procédurière sur ses putains de frais débiteurs de cinq euros qu'on lui avait prélevé. Elle transpirait comme un bloc de lard soumis au grill.
Faut dire qu'on crevait de chaud dans ce caisson phénix de série Z, le chauffage était à fond, vu le froid mordant de l'hiver dehors, où là au moins, la nature imposait encore quelques droits.
Quand les gens entraient, ils apportaient une bouffée glaciale, mais presque agréable tant le thermostat devait être monté. Mais comme tout le monde était habillé pour l'extérieur où on se les gelait, forcément, à moins de se désaper, on suait, et suer ça pue.
Là c'était le matin, donc plutôt odeurs de Fabergé et cosmétiques, mais j'ose pas imaginer en fin d'après-midi, quand tous les clients ont transpiré un litre chacun.

Bref, où j'en étais? Ouais, l'attente, la conne, la chaleur, et surtout ma grande prise de conscience: on vit dans un monde artificiel, les gars! On voit que les façades, alors on ne s'occupe plus que d'elles. On fait semblant de se réjouir aux fêtes qui sont marquées sur le calendrier, ce putain de planning relayé par la télé et la pub! On fait mine d'être triste lorsqu'un vieux croulant facho de presque cent ans passe l'arme à gauche, tout ça parce qu'il a sauvé plein de déchets humains, on parle d'obsèques nationales et on nous matraque de sa vie et de ses mensurations, c'est bon là. Un jour ok, mais on va pas nous le rabacher pendant des semaines comme pour le pape lorsqu'il a cassé sa pipe. Moi je le connaissais pas. C'est pas que je m'en fous, mais bon voilà, il fallait bien qu'il y passe. Mon grand-père, on était deux à son enterrement et pourtant c'était un des meilleurs hommes de la planète. Il a sauvé plein de gens aussi. Qui l'a su?
Bref, on fait semblant. Poivre d'Arvor, quand il a fini son matraquage politiquement inévitable et obligatoire, il rentre du boulot chez lui et il doit bien apprécier de penser à autre chose (et encore lui aussi c'est un qui fait semblant de pas puer aux chiottes).
On se la joue. On joue un rôle, et à tel point qu'il déteint sur ce qu'on est vraiment. Soyons authentiques! Osons être ce que nous sommes vraiment!
On se perd! Voilà.

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