F I L O : A C T E S

Parasite (P)

à celle qui m'a porté comme une erreur
va dire que j'ai oublié son visage

dis-lui et ne souris pas
que je ne pleure pas
l'absence de ses bras
des ses baisers, de ses douces paroles
et tout ce que je n'ai jamais eu
je regrette seulement
ce sort qui l'a emportée
avant d'avoir pu la connaître

dis-lui et ne pleure pas
que j'ai dépassé son âge
que je suis grand à présent
et que je n'enfanterai pas
pour rester à tout jamais
l'enfant qu'elle porta
qu'elle a sauvé
et qui lui a pris son dernier souffle de vie

dis-lui et ne reviens pas
que ma vie s'écoule
comme une maladie
que je n'en guérirai pas
et que le dernier jour avant de partir
j'essayerai juste une fois
de prononcer son nom
pour voir ce que ça fait

Sang Docile Fix

le 22/03/2007 à 10h47

le cheval n'est pas toujours dompté
dans les plaines urbaines
dans les pistes de jungles bétonnées
ou malgré moi je traîne

la perspective d'un flash dans les yeux
transperce les veines et traverse les espoirs
tu finis homme couché et femme debout, comme eux
mais toujours sur le trottoir

la zone muselée, garrotée, aiguillée, dans l'arène
se perd dans un rodéo improbable de silence,
le cheval les mène à fond de train, sans les rênes,
jusqu'au caniveau d'un monde puant l'indifférence

Tâches de mots

le 22/03/2007 à 10h48
l'angoisse du mot déjà prononcé
du discours déjà porté
des arguments déjà défendus
m'étreint et me rive le bec
me cloue le flux
aussi sec

l'origine alitée
la formule innée dite
par personne
jamais encore accouchée
me hante les neurones
je perds pied
les vers me rongent

je salirai la page blanche
plutôt que de laisser sa virginité
me fasciner et me perdre
je la déflorerai de taches
de salissures
je purgerai mes lambeaux d'ombre
dans ce récipient trop parfait

je griffonnerai quelques abjections
lâchées en éjaculations verbales
sans autre but que de souiller
la blancheur et la pureté
de ce rectangle immaculé
et d'y déverser un peu
de ma mélancolie crasse

et il y aura encore des passants
qui trouveront le moyen d'apprécier

Pas de quartier

le 22/03/2007 à 10h49
Envie de transgresser
de transpercer
de passer dedans, derrière
de tout détruire en traversant
sans discernement

envie de frapper
de marteler
d'écraser jusqu'à l'anihilation
désintégrer tout à ma portée
sans remords ni scrupule

envie de tuer
d'effacer ces putains de sourires
de ces faces béates
de mettre un terme
à ces bonheurs insolents

envie de ne plus avoir envie
de rien
de ne plus subir
de ne plus haïr
de me perdre dans l'oubli

Garçon, un whisky!
Attendez, attendez, c'est combien?
Alors une bière, c'est combien la bière?
Bon,
un verre d'eau alors...

Où j'en étais déjà?

Parano Blues

le 22/03/2007 à 10h50
Le trottoir me fixe, me poursuit
les murs boivent mon ombre
les autos me suivent où que je fuies
la boulangère me jette un regard sombre

Je réponds au téléphone et juste une respiration
le numéro de ma soeur donne sur un silence de mort
par le trou de l'évier j'entends une sorte de pulsation
mon voisin ouvre sa porte dès que je sors

La nuit j'entends des pas dans les combles
et des voix parlent dans l'eau de mon bain
des formes agitent les rideaux dans la pénombre
même dans mon lit je cherche une issue en vain

Mon quotidien est un vrai cauchemar
les heures défilent trop vite sur ma montre truquée
je marche sur le bitume du boulevard
laissant des traces de ma course effrénée

Que faites-vous là?

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