F I L O : A C T E S

ELOGE DE LA LIMITE (P)

Le voyeur médusé

le 11/05/2007 à 12h57

Elle, le soleil.
Mon regard orbite
vers ses deux planètes-mères
à la gravité certainement parfaite

Sur son ventre de miel
moiré d'argent
une vibration lascive
imperceptible

Puis un déhanchement fugace
interroge mon désir
me chute, m'éreinte
révèle enfin de face
une aile de corbeau
pétales d'orchidée
précieuse
mystérieuse certitude

L'ange archer me gifle
du revers de son aile versatile
muant mon désir d'esthète
en émoi universel
dissout mon voeu vertical
en une foi aux airs de plénitude

Mais jouant l'innocence
sa jambe nonchalante se replie
s'interpose

Complice, le ciel lui-même se dépite
grimace d'un nuage sombre
et inscrit sur mon regard avide
les initiales du fanal indécent, lubrique et outrancier

Elle enlève alors son chapeau
et révèle enfin son visage
Stupeur!
elle a... du chien
entre Cerbère et Gorgone...

Médusé
je me sauve.

Requiem d'incontinence

le 14/05/2007 à 12h27
L'affront réitéré
de cette lumière molle
pas de joie, pas de vice
et ce néon arrimé
à ce chapelet de journées torves
à ton pas de vie
que tu dévales en spirale concentrique
tu t'éloignes peu à peu
du bord
de l'inconnu
dehors
tu verrouilles l'axe
collections
séries
manies

la voix de l'oeil du grand frère
toujours branchée
qui t'enseigne
te conforte
t'entretient
ton monde bétonné
couleurs vives
grand choix
rayons & gondoles

les figurants dehors
derrière ta forêt de cadenas
alors que le dedans te défigure
te recharge d'illusion
de rites
de passé

Et sur son autel
la lucarne t'aide
à remplir le temps mort
le présent mort
en attendant
car tu attends toujours
un jour ton putain de prince
viendra enfin
te baisera
et tu y croiras
puis comprendras
puis pleureras
jusqu'à ce qu'un autre recommence
et tu pardonneras

et une autre spirale
un autre néon
une autre voix
rassurante
pré-requiem inachevé
d'incontinence
de tes petits riens

A ta dernière heure
le pire serait que tu te retournes
et comprennes tout enfin, d'un bloc.

Danse l'éternité

le 04/06/2007 à 02h23
Danse ma nuit
égraine des pas
fertiles
sème mes songes
à l'éther
de ces instants secrets
d'ennui
dense


Danse
et vit le monde
j'irai cueillir
au creux du silence
l'équilibre
des forces sacrées
qui régissent le présent
et recréent chaque seconde
d'éternité
Evidence

La rouille

le 02/01/2008 à 19h01
Le grand oiseau de chagrin
déploie ses ailes métalliques
et sème la nuit
la répand
calligraphie
les pleins et les déliés
des espoirs et des dépits
des de profundis subliminaux.

L'âpreté de la rouille
oxyde les desseins brocantés
du grand manipulateur
qui nous remplace peu à peu
par des machines à notre image

La rouille opiniâtre
ronge les angles
comme les chiens
comme le temps
mais que peut-elle
sur les ailes éthérées que nous inventons
afin d'exorciser la nuit mécanique?

Elle n'est rien face à nos talismans incandescents.

Et l'enfant

le 02/01/2008 à 19h03
Nous avons regardé si haut, si loin, si mal
que nous avons perdu notre chemin
Nous avons failli à préserver le vrai
dans l'enfant

Nous nous sommes perdus
et c'est cela que nous lui avons enseigné :
comment se perdre
en semblant savoir où l'on va

Son regard nous mettait au monde
Son sourire-soleil insouciant
inconscient de son pouvoir
offert sans calcul
illuminait ce qui nous restait de route
jusqu'à la mort

Par ce sourire et ce regard candides
l'enfant nous faisait l'amour
sans le savoir

Mais pendant que l'eau de vie
s'écoulait de ses yeux
nous perdions notre temps
en guerres futiles

Puis sans crier gare
l'enfant a grandi
Lui aussi a voulu suivre le modèle
s'essayer à la guerre
à la futilité
Comment pouvions-nous l'arrêter ?
Et de quel droit ?

Nous nous sommes retournés :
nos traces avaient manqué la route

Et nous continuons à fermer les yeux
pour déployer les autres mondes

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