F I L O : A C T E S

Et l'enfant

le 02/01/2008 à 19h03
Nous avons regardé si haut, si loin, si mal
que nous avons perdu notre chemin
Nous avons failli à préserver le vrai
dans l'enfant

Nous nous sommes perdus
et c'est cela que nous lui avons enseigné :
comment se perdre
en semblant savoir où l'on va

Son regard nous mettait au monde
Son sourire-soleil insouciant
inconscient de son pouvoir
offert sans calcul
illuminait ce qui nous restait de route
jusqu'à la mort

Par ce sourire et ce regard candides
l'enfant nous faisait l'amour
sans le savoir

Mais pendant que l'eau de vie
s'écoulait de ses yeux
nous perdions notre temps
en guerres futiles

Puis sans crier gare
l'enfant a grandi
Lui aussi a voulu suivre le modèle
s'essayer à la guerre
à la futilité
Comment pouvions-nous l'arrêter ?
Et de quel droit ?

Nous nous sommes retournés :
nos traces avaient manqué la route

Et nous continuons à fermer les yeux
pour déployer les autres mondes

Equation

le 02/01/2008 à 19h04
J'escalade la nuit, j'outrepasse la loi
j'entrevois les secrètes lueurs de demain
et le visage des enfants de nos enfants
se révèle à mes yeux, ceux qui ne cillent pas

alors je comprends que je les connais déjà
croisés au détour de visions ou souvenirs
et leurs voix sont bien celles qui m'ont murmuré
"l'espace est au temps ce que le corps est à l'âme"

mais sont-ils vieux et sages ces gens d'ultérieur?
de moi l'obscur aïeul perdu au souffle du monde
leur reste-t-il au moins la trace dans le temps
celle que je lâche en bouteille à l'éphémère?

ô enfant que je suis, ai été, et serai
j'assiste au défilé des ans et des millénaires
je glisse sur la chaîne et ses maillons enfouis
je suis jeune, si jeune que j'ai oublié

je reconnais les voix lointaines des ancêtres
leur concert en canon délivre l'équation
et l'inconnue ici et maintenant: moi-même.
Le corps est dans l'espace et l'âme est dans le temps

Les chemins de Babylone

le 02/01/2008 à 19h06
Ainsi vous marchiez sur des têtes
afin de traverser les champs de Babylone
et de prétendre affleurer l'illusion
par vous bénie, par vous promise
des cieux salvateurs
et du souffle sacré

Forts de vos certitudes exégètes
vous niiez vous être retournés sur Sodome
alors d'où vient sa description ?
Et jusqu'à quand cette main-mise
sur la saine torpeur
des âmes éparpillées?

Les femmes lapidées
les victimes sans honneurs
les terres conquises car promises
les croisades, les saintes missions
la conversion des sous-hommes autochtones
l'inquisition, les colonies, les conquêtes

Comment les justifier
toutes au nom du Sauveur ?
Bonne ou mauvaise, la foi en l'église
devint la plus intolérable et fatale des religions.

Mais déjà voilà les cloches qui résonnent
et appellent vos genoux aux incantations désuètes

Ton corps : 3 haïkus rouges

le 02/01/2008 à 19h08

Sur ton cou parfait

pétale de rose rouge
ou tache de sang



Une feuille rouge
se pose entre tes seins blancs
Le fleuve l’emporte



Au creux de tes cuisses
une bouche verticale
me dit l'éternel

Octobre 2

le 02/01/2008 à 19h09
Au fond de ton coeur et de tes nuits
hurle encore le souvenir
emmuré vivant
derrière des tonnes de bonnes raisons

Mais ses hurlements n'ont rien de raisonnable
On ne camisole pas
l'ombre de l'amour
Seul le temps essouffle le chagrin
et le baillonne un peu.

Et les océans de larmes,
les coups de poings sur les murs
les tonnes d'orgasmes
n'étouffent rien

Ils ne sont que des bulles d'oubli éphémère
illusoires
quelques répits de silence
d'absence au monde précipité.

Les amours déchues suppurent
lancinantes
le désespoir
et le mois d'octobre est le pire de ses véhicules.

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