F I L O : A C T E S

Tâches de mots

le 22/03/2007 à 10h48
l'angoisse du mot déjà prononcé
du discours déjà porté
des arguments déjà défendus
m'étreint et me rive le bec
me cloue le flux
aussi sec

l'origine alitée
la formule innée dite
par personne
jamais encore accouchée
me hante les neurones
je perds pied
les vers me rongent

je salirai la page blanche
plutôt que de laisser sa virginité
me fasciner et me perdre
je la déflorerai de taches
de salissures
je purgerai mes lambeaux d'ombre
dans ce récipient trop parfait

je griffonnerai quelques abjections
lâchées en éjaculations verbales
sans autre but que de souiller
la blancheur et la pureté
de ce rectangle immaculé
et d'y déverser un peu
de ma mélancolie crasse

et il y aura encore des passants
qui trouveront le moyen d'apprécier

Pas de quartier

le 22/03/2007 à 10h49
Envie de transgresser
de transpercer
de passer dedans, derrière
de tout détruire en traversant
sans discernement

envie de frapper
de marteler
d'écraser jusqu'à l'anihilation
désintégrer tout à ma portée
sans remords ni scrupule

envie de tuer
d'effacer ces putains de sourires
de ces faces béates
de mettre un terme
à ces bonheurs insolents

envie de ne plus avoir envie
de rien
de ne plus subir
de ne plus haïr
de me perdre dans l'oubli

Garçon, un whisky!
Attendez, attendez, c'est combien?
Alors une bière, c'est combien la bière?
Bon,
un verre d'eau alors...

Où j'en étais déjà?

Parano Blues

le 22/03/2007 à 10h50
Le trottoir me fixe, me poursuit
les murs boivent mon ombre
les autos me suivent où que je fuies
la boulangère me jette un regard sombre

Je réponds au téléphone et juste une respiration
le numéro de ma soeur donne sur un silence de mort
par le trou de l'évier j'entends une sorte de pulsation
mon voisin ouvre sa porte dès que je sors

La nuit j'entends des pas dans les combles
et des voix parlent dans l'eau de mon bain
des formes agitent les rideaux dans la pénombre
même dans mon lit je cherche une issue en vain

Mon quotidien est un vrai cauchemar
les heures défilent trop vite sur ma montre truquée
je marche sur le bitume du boulevard
laissant des traces de ma course effrénée

Que faites-vous là?

Pas sage à l'acte

le 22/03/2007 à 10h51
Je bande mon arc
monarque
je touche la récompense
un doigt de plénitude
au cul de la bouteille

Vicieux le cercle de l'addiction
la diction
se désamarre,
elle en a marre
le noeud de ses amarres s'est défait
la bitte devait être humide

La chatte reste sereine
sa queue l'enlace
lasse
elle m'enseigne
le détachement
car je mens je saigne

Ma conscience
science des cons
suce ma force de vie
troue mes fondements ambitieux
pénètre mon esprit
gorgé de pulsions
alors comme ma fidèle bête
à poils
je me délasse

Une pipe au bec
pour le look
j'écarte l'animal de ma couche
je m'étale de tout mon long
je me répends
je jouis du temps
qu'il me reste
avant que la nuit
ne capote
et ne m'use, âgé

Première fois

le 22/03/2007 à 10h52
sa peau noire me fascine
ses lèvres démesurées
ses obus d'ébène
abus d'aubaines!

on ne voit qu'elle sur la plage
sur le sable chauffé à blanc
une panthère noire
une virgule sur une page blanche
encore à écrire

elle minaude
en monokini
éminemment moite
elle me mine
je maudis
ma mine à moi
et mon éminence
émergeante

je détourne un regard
que je sais traître
me passionnant soudain
pour l'horizon, seule platitude
en cet instant mou

Mais la belle africaine
a jeté son dévolu
et son ombre
sur ma pauvre tronche ingénue
sur ma bosse irrémédiable

Quelques mots
quelques rires
une main tendue
et me voilà jeune puceau
debout courbé
courant vers les dunes
sur le chemin de mon dépucelage

La vorace sait ce qu'elle veut
et fait le ménage
des tissus superflus
s'abreuve d'une sûre génuflexion
sans s'enquérir de mon bon vouloir
et de ses lèvres immenses
m'envole en cadence
et décadence

Las! ma première séance
ma révélation
que j'aurais voulu voluptueuse
se résume à une explosion
d'impatience lactée
fiévreux épanchement
et pour la première fois
je vois sa figure noire
complètement blanche!

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