F I L O : A C T E S

Arrivée à Bénarès

le 08/10/2005 à 20h19


ARRIVEE A VARANASI (BENARES)

12 novembre 2000

A cet instant magique où je commence ces lignes, je suis cerné de singes, sur une terrasse qui surplombe Varanasi la ville sacrée de Shiva. Ce sont les Anglais lorsqu'ils ont colonisé l'Inde qui ont appelé ce lieu Bénarès parce qu'ils n'arrivaient pas à prononcer Varanasi (le v et le b étant chez eux très proche et le i final court).
Le soleil est levé depuis une demi-heure, pourtant une activité frénétique anime déjà la ville. Rien à voir avec les dimanche matins français.
Des dizaines de cerfs-volants virevoltent un peu partout, comme pour chasser les derniers lambeaux de brume matinale, parmi les centaines de colombes immaculées, de pigeons, d'étourneaux, et je distingue même de nombreux faucons.
Une faune aérienne riche et abondante apparemment peu sauvage. Certains oiseaux par exemple n'hésitent pas à venir se poser sur le rebord de ma fenêtre, ou à rentrer carrément pour réclamer un peu de nourriture en piaillant.
J'ai vu aussi des écureuils s'approcher.
Il faut dire qu'ici les animaux ne connaissent pas la violence humaine, à part peut-être quelques chiens qui poussent les commerçants à bout en se disputant contre leur stand ; ce sont alors des coups de bâton.
Les animaux ont développé des instincts de fuite devant l'humain chez nous, mais je constate ici à quel point ça ne leur est pas naturel dans un environnement harmonieux et pacifique.

Tout à l'heure, je regardais tout en bas, au fond de la ruelle : un vendeur de bananes ne pouvait pas passer avec son étal à roulettes à cause d'une vache installée là, occupant toute la largeur de l'étroite ruelle. Cette vache est en quelque sorte là à sa place, c'est son lieu, elle y est habituée depuis longtemps. Hier déjà, elle nous a empêché de passer pour venir à cette adresse, et c'était notre première visite, et il a fallu chasser en douceur la vache, en la poussant, la tapotant sur l'arrière-train pour qu'elle se lève, en poussant quelques cris...

Je reprends mon carnet après une courte pause. Un indien à l'air avenant vient de me saluer d'une terrasse voisine, et je me suis interrompu dans la rédaction de ces lignes pour discuter avec lui un quart d'heure.
Il m'a dit pour commencer qu'il m'observait depuis que je suis arrivé et qu'il appréciait ma façon d'être ici. J'ai tenté de comprendre pourquoi, en une curiosité égocentrique peut-être, mais il ne m'a pas donné plus d'explications ; il était trop curieux de savoir qui je suis, d'où je viens, pourquoi, etc... Bonne rencontre.

Au loin les pétards continuent à éclater dans toute la ville, comme à Delhi où de nombreuses nuits ont été ponctuées de ces détonations et pétarades. Je suppose que ce sont les restes de Diwali, la fête des lumières.

De la chambre derrière moi s'élève les gammes de flûte de Vincent. Je les trouve particulièrement à leur place ici, comme tout ce qui est beau et serein.
Je pense à toi. Tu aimerais ce moment, cette ambiance.
En revanche, je crois que tu aurais beaucoup de mal avec la saleté et l'odeur des rues, quoique l'odeur de la bouse est tout de même préférable à celle du métro de Paris.

Ici la pureté et la richesse existent, mais ce n'est pas dans les rues ou même dans les maisons, ou encore dans les apparences qu'on les trouve, c'est dans le coeur des gens, dans leur regard.
Pour cette seule et unique raison déjà, j'aimerais que tu sois là.



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