F I L O : A C T E S

La célébration du silence

le 06/10/2005 à 02h50

Je suis là,
seul et inutile,
tel un cri dans le désert infini,
tel une musique messagère se perdant dans le ciel étoilé.
Malgré les silhouettes imprécises qui m'entourent, la solitude et le silence m'envahissent, et je les laisse faire, sans trop savoir pourquoi.
Le charme conditionné et secondaire du symétrique se perd dans les profondeurs de ma mémoire épuratrice.
La nature subsiste pourtant, et le coucher de l'éternel écarlate allonge plus que de raison mon ombre ensanglantée sur le sable virtuel de ce faux désert.
Malgré moi le crépuscule de la réalité se perd dans la nuit sombre qui se lève, majestueuse mais tyrannique:
l'Ombre du Quotidien.
La solitude ne m'est alors plus infligée, elle me sera désormais utile et intègre.
Je me déguise en musique, couleur chagrin, je m'élève, je m'arrache du silence, je m'accroche suppliant aux lambeaux brumeux de l'Ombre, redoutant l'imprécation suprême, la malédiction éternelle, proférées en fait par mon autre moi-même.

Mais la nuit s'achève tôt ou tard:
Maudit des maudits, je suis alors condamné à renaître. Je vais traverser à nouveau un autre désert virtuel, dont chaque grain identique au précédent ose encore me faire croire à sa différence, à son caractère unique.
Mais je les connais trop bien à présent, je sais les reconnaître: les espoirs insatisfaits, les conventions, la souffrance, l'égoïsme, le conditionnement, le pouvoir, le fanatisme, la banalisation du sexe, de la violence et de la mort, et quelques simulacres de bonheur...
Puis à nouveau resurgira l'Ombre, trop inquiété par ce mirage de vie.
De nouveaux prétextes seront trouvés pour absoudre cette erreur de réalité, et le retour à l'état de cri en sera la récompense... ou le châtiment.

Deux portes:
la mort ou l'amour.
Ils prétendent être éternels.
Mais sait-on jamais. Et puis l'Ombre ne pardonne pas: les échappatoires sont interdites.

Je me suis pourtant décidé à essayer: j'ai choisi l'amour.
Subsistera-t-il dans cette nouvelle vie de vigilance, où l'Ombre court à mes trousses?

Impuissant, le moi-témoin, celui qui parle, ne veut plus être seul, et j'assiste à cette guerre quasi-divine,
lançant un appel dans lequel je m'élève,
tel une musique messagère se perdant dans le ciel étoilé,
tel un cri dans le désert infini,
et seul et inutile,
je suis là.

(sonnant le glas de toutes les joies perdues et à perdre,
mais du peu de sagesse acquise,
la célébration du silence)

Commentaires

Par Thecolor le 07/11/2005 à 14h07

Nous sommes en quelques sortes un tout et ton silence résonne à chaque seuil, et ricoche encore jusqu'à se perdre dans le souvenir d'un big bang récurent !



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