F I L O : A C T E S

4- Qui est qui?

le 05/10/2005 à 04h05


CHAPITRE IV
 Qui est qui ?




                                    Même si c’est vrai, c’est faux.
                                        H. Michaux - Face aux verrous




-1-

    Vivre dans la peau de Léo, vivre sa vie, fut pour moi plus qu’une expérience enrichissante: ce fut le tournant déterminant qui marqua et transforma ma vie. Et de même en ce qui le concerne. Je suppose que tous les jumeaux ont tôt ou tard été tentés d’échanger leurs rôles, ne serait-ce que par jeu.
Chacun de nous deux n’avait jamais entendu dire qu’il avait un frère jumeau, et officiellement, c’était impossible. A moins que faux-papiers et fausses déclarations n’eussent abondé de part et d’autre.

    Je suis né à Alep en Syrie, pays d’origine de ma mère, Suriya, mariée à un juif-allemand à Bielefeld. Mes parents avaient fui l’Allemagne en guerre où je fus pourtant conçu. Mon père, Manfred Hammermann, sitôt le couple débarqué en Syrie dont l’indépendance était toute fraîche, en profita pour changer leur nom en Ammer. J’avais douze ans lorsque nous retournâmes en Allemagne, à Stuttgart, où je commençai une scolarité brillante, que j’achevai à la Sorbonne à Paris. 
Léo lui, est né à Sivas en Turquie, d’un marin américain, Samuel Kilman, et d’une jeune turque en fugue, Akima, morte en lui donnant la vie. Il fut confié très tôt à une famille d’accueil grecque, puis à un pensionnat français à Nice. En revanche, et c’est là que la coïncidence est surréaliste, nous sommes nés le même jour, le 30 mai 1944. Y a t-il eu falsification d’un côté ou de l’autre ? ou des deux côtés ? et dans ce cas quels sont nos vrais parents si nous sommes vraiment frères jumeaux ? Le mystère s’accentue: chacun est complémentaire de l’autre, chacun a un trait de caractère que l’autre possède, mais de façon refoulée. Chacun a accompli ce que l’autre n’a pas pu ou voulu faire. Nos goûts, nos comportements se ressemblent parfaitement, ou se complètent parfaitement.
Nous avons donc décidé un jour d’échanger nos vies: chacun prenant la place de l’autre, en simulant une amnésie partielle pour s’insérer. Il nous fallut peu de temps pour devenir interchangeables, et je dois dire que même nous, au bout d’un certain temps, ne savions plus lequel des deux nous étions le plus.
Quelle que fut notre origine, nous savions, de façon innée et certaine qu’elle était commune.
Le Très Haut avait réuni nos destins, car il fallait qu’ils fussent liés en une étrange complémentarité.
Mais quel était Son dessein ?



-2-


    Le Dimanche matin, le temps avait été plus clément, et vers 13 heures enfin le mistral opéra une percée dans la couche de nuages, libérant quelques rayons de soleil. Dans “l’œil du loup”, Hugo se demandait si le coin boisé de pins touffus qui surplombait la maison des Kamel en face était un bon coin pour les cèpes. Il posa la question à Eddy qui commençait à grignoter le pique-nique.

“Je ne suis pas particulièrement connaisseur en champignons, mais il me semble que les cèpes poussent plutôt sous les chênes ou les châtaigniers, répondit-il la bouche pleine de chips.
-- Tu es bien cuistot, non ?
-- En tous cas, si tu en trouves, je m’engage à te les mitonner grave. Avec tous ces escargots aussi, je pourrais te faire un bon plat. Comment font ces bestioles pour monter sur ce rocher à cette hauteur ?
-- Je n’aime pas les escargots, c’est visqueux, élastique et insipide. Seule la sauce qui les accompagne donne un goût... oh, attention, regarde!”
Eddy arrêta net de mâcher et ils se tassèrent vite au fond de l’anfractuosité.
Lion venait de sortir et fermait les trois serrures, comme s’il laissait la maison vide. Il portait un costume blanc, sans aucun doute impeccable, et ses cheveux resplendissaient de brillantine au soleil. Il marcha prudemment en dehors des flaques jusqu’à la grille.

“Ce type a tout du crooner kitch ou du mafioso”, chuchota Eddy.
Ils regardèrent la 205 s’éloigner en trombe sur la route encore recouverte de flaques, comme pour un rallye, leur lançant un ultime reflet de soleil avant de disparaître au sommet de la côte, derrière “la sorcière”.

    Hugo fixait la maison, comme s’il s’attendait à voir quelque chose de plus.
Un roulement de tonnerre gronda au loin.
“J’en étais sûr, dit-il sans détourner son observation.
-- De quoi, qu’il va encore pleuvoir ?
-- J’étais sûr que ce serait à nouveau ou l’un ou l’autre... mais jamais ensemble.
-- Tu es la réincarnation de Sherlok Holmes, toi.
-- On ne les voit jamais ensemble... oui, c’est ça...
-- Et alors ?
-- Et si c’était la même personne ?
-- La même... comment ? Tu veux dire...
-- Lion et Ambre.
-- Quoi ? Qui se déguiserait, changerait de voix et, et... non! c’est impossible.
-- Ca expliquerait presque tout...
-- Tu veux dire que j’aurais flashé sur un travelo ? Ah ça non! Tu as approché Ambre comme moi, ne me dis pas que tu n’a pas senti sa féminité, son...
-- Je peux t’en présenter une dizaine à Paris qui te ferait remettre en question ta conception de la féminité, sinon ton assurance sur la question. J’en ai connu pour des photos, on s’y tromperait.
-- Merde, en plus tu es sérieux.
-- Pas de secte secrète, de faux-monnayeurs ou de base extra-terrestre, à mon avis. Seulement quelqu’un qui joue deux rôles. Je parie qu’à présent cette maison est vide et qu’Ambre n’est plus de ce monde pour quelque temps. Jusqu’à ce que Lion disparaisse à son tour et endosse à nouveau son apparence.
-- Mais Hugo, ils n’ont pas le même physique ; Lion est plus petit, trapu et carré qu’Ambre.
-- Lion porte tout le temps un costume dont les épaulettes accentuent la carrure et qui forcit son aspect général. Ambre porte des talons assez hauts, et parle d’une voix relativement grave pour une femme.
-- Non, désolé, je n’y crois pas.
-- Et le titre du bouquin, L’Homme Dual, l’histoire de deux hommes qui n’en deviennent plus qu’un ubiquiste. Ce n’est peut-être pas un thème choisi par hasard...
-- Et pourquoi pas Selim aussi, alors ?
-- Non, pas lui, il est barbu, et son message “codé” m’a incité à enquêter. Il serait plutôt leur victime d’une façon ou d’une autre.
-- Mais ton raisonnement cloche, là. Il était bien à Paris, libre. Qu’est-ce qui l’empêchait de te donner plus d’explications moins déguisées ? Personne n’était derrière son dos, que je sache, lorsqu’il t’a fait la dédicace.
-- C’est exactement ce qui me turlupine ; ses messages écrits et parfois son regard vont complètement en contradiction avec le reste de son comportement. L’hypnose, peut-être. Mais je n’étais pas prévu à son programme, ce jour-là.
-- Bon, si on rentrait à l’hôtel ? Tu ne vas tout de même pas t’introduire dans cette maison ?
-- Si, mais je ne veux pas t’attirer des ennuis. Je ne t’oblige pas à m’accompagner. Si tu veux rentrer, tu n’en as que pour un quart d’heure à pied, et je ne t’en voudrai pas.
-- Sympa! Bon, je vais faire le guet à l’extérieur, et si j’entends arriver la 205, je siffle ou j’appuie sur la sonnette et je file t’attendre dans ta voiture. Toi, de ton côté, magne-toi. En plus, j’ai l’impression qu’il va encore pleuvoir.
-- Merci. Si jamais je ne suis pas revenu au bout d’une heure, rentre à Baumanière. Il se peut que je me poste à l’intérieur de cette maison si j’y trouve une planque, et que je les attende. Toi, tu reprends ton boulot demain matin, et tu n’as pas de risques à prendre outre mesure. En revanche, si tu ne me vois pas à l’hôtel demain pour ta pause de 14 heures, préviens la police.
-- Tu es cinglé, tu le sais, ça ?”



-3-


    Après un quart d’heure d’attente, Eddy avait senti les premières gouttes. Le soleil avait perdu la face au moment où Hugo avait escaladé le portail, après avoir sonné avec insistance. De gros nuages bien sombres s’étaient à nouveau amoncelés peu à peu en un rideau crépusculaire, et il avait espéré, sans trop y croire, qu’ils attendent le retour d’Hugo pour lâcher les grosses vannes.
A présent, un déluge comme celui de la veille s’abattait sans pitié sur le Val d’Enfer, et Hugo ne revenait toujours pas.

Au début, s’étant armé de courage, il s’était posté derrière la haie de gauche près de l’amandier. La fenêtre par laquelle il avait vu Selim était maintenant close par les volets. Mais, las de se faire tremper par l’orage, il s’était réfugié bien vite dans la haie de lauriers, le sac-à-dos du pique-nique sur la tête.
Qu’est-ce que je fous là ? Dire que c’est mon jour de repos... Après ça, terminé, il continuera son enquête sans moi!

    Les grondements du tonnerre se succédaient sans relâche, et dans chacun semblait se camoufler un bruit de moteur de 205, mais Eddy ne voyait toujours rien venir. Son blouson en cuir marron pesait une tonne, et ses jambes hurlaient le besoin de se lever.
Bon, je lui accorde encore cinq minutes, puis je rentre à l’hôtel. Il regarda sa montre: Deux heures moins dix, bon allez, à deux heures...

    “On t’avait dit qu’on n’aime pas les fouineurs, ici” déclara derrière lui une voix d’alto étrangement proche, malgré le vacarme des éléments. Eddy se retourna dans un frisson et eut le temps d’apercevoir le visage encapuchonné de la femme en noir lui sourire, avant de sentir un formidable coup sur la tempe, puis plus rien.




-4-


    Hugo avait eu beau tourner autour de la maison, il n’avait trouvé aucun moyen de s’y introduire. Pas une fenêtre entrouverte, pas une porte de service déverrouillée. Il avait même essayé le hayon du garage, en vain. Pourtant la sécurité ne semblait pas être un maître-mot chez les Kamel, qui redoutaient sûrement plus la curiosité (les fouineurs) que le vol. Un système d’alarme équipait peut-être le mas, et en y pensant, Hugo se dit que l’absence d’un chien était déjà une chance.

    Il pleuvait déjà dru lorsqu’il grimpa sur le muret de la réserve à bois, derrière la maison, pour atteindre le balcon au dessus. Celui-là même d’où il avait pris les photos, lors de sa première expédition la veille. Cette fois l’escalade était moins aisée à cause de la pluie qui rendait tout glissant. Lorsqu’il se hissa enfin sur le balcon, si vaste qu’on pouvait le considérer comme une terrasse tout en longueur, Hugo fut déçu de constater que les deux portes coulissantes étaient également fermées.
Je m’y attendais de toutes façons, surtout avec le temps qu’il fait...

Il s’approcha pour regarder à l’intérieur, en prenant garde toutefois de ne pas marcher trop près, dans la zone sèche, pour ne pas laisser de traces. Malgré le peu de lumière extérieure dû au sale temps, il eut le loisir cette fois de découvrir l’intérieur. Dans la pièce de gauche, une immense bibliothèque flanquait le mur d’en face, et au centre, au premier plan, un coin salon tout en cuir noir, constitué d’un long canapé à gauche et de deux fauteuils à droite, le tout entourant une magnifique table basse aux frises sculptées à la marocaine. Sur celle-ci trônait un unique verre à Cognac vide, seule trace de vie récente dans la pièce. Tous les murs étaient lambrissés, et quelques dessins (d’Ambre semblait-il) sous verre y étaient accrochés.
A droite de la bibliothèque, toujours sur le mur d’en face, une porte s’entrouvrait sur un escalier menant à l’étage supérieur. En face de celle-ci, et donc à l’extrême droite de son angle de vision, un bar sur roulettes en forme de globe terrestre marron meublait le coin. Hugo avait horreur de ce genre de meuble, qu’il considérait comme le summum du kitch, au même titre que les chiens ou gibiers en porcelaine. Entre la porte de l’escalier et le bar kitch s’ouvrait le passage sans porte vers la pièce de droite.

Il passa à l’autre baie, où un rideau était à moitié tiré sur le côté droit. Cette pièce semblait moins grande. En face à gauche, un escalier descendait vers le rez-de-chaussée. A droite de cette ouverture, un lit beige, simple semblait faire office de sofa, et au premier plan, une table à dessin inclinable faisait face à l’extérieur.
Le rideau empêchait Hugo d’en voir plus, mais il devinait une porte au fond à droite. En effet la terrasse était fermée à droite par un mur percé d’un vasistas qui, ô miracle, était légèrement entrouvert!

Hugo était grand, mais mince et souple, et il se sentait capable de se glisser par l’ouverture. Ce qu’il tenta aussitôt, non sans peine, à cause de la largeur de ses épaules. Il atterrit dans un cabinet de toilette tellement immaculé qu’il aurait pu être celui d’un appartement témoin. Trempé comme il était, Hugo eut tôt fait de tout salir. Malgré la pénombre, il pouvait voir son reflet dans le miroir: effrayant et dégoulinant!
Il ouvrit un placard mural à sa droite et trouva exactement ce qu’il lui fallait: une réserve inépuisable de serviettes-éponge.
Excellent, comme dirait David!
Il n’en prit qu’une, de la couleur la plus sombre possible, bleu marine, et entreprit de se sécher au maximum afin de ne laisser aucune trace de son passage par la suite. Il s’efforça aussi de nettoyer toutes celles qu’il avait laissées, ne négligeant aucun recoin du réduit. Kabert accompagnait encore ses pensées: Excellent, mon gars, comporte-toi en pro, ne laisse aucune opportunité te passer sous le nez. Approuverait-il ce qu’il était en train de faire ? C’est sans aucun doute un délit, mais...

    Il s’était déchaussé et sortit des toilettes, pieds nus et secs. Des tapis persans recouvraient partout le sol. Il entra dans la pièce à la table à dessin. Sur celle-ci, il distingua un dessin inachevé, un portrait. Ce visage lui rappelait quelqu’un, quoique très stylisé ; beaucoup plus que la couverture de L’Homme Dual. Mais il n’eut finalement aucun mal à reconnaître ses propres traits! Ambre avait commencé son portrait à lui!

Quel honneur vous me faites, Madame Addams, et quelle mémoire des physionomies puisque nous ne nous sommes vus pas plus de dix minutes... A moins que... à moins que Selim aussi soit...
Non, si jamais sa théorie était juste, quelque chose lui disait que l’écrivain était distinct de Lion/Ambre. Et d’ailleurs où était-il, lui ? C’était aussi pour le découvrir qu’il était ici, à jouer l’espion, à prendre des risques. 
Alors, allons-y!

    A pas feutrés, il descendit les escaliers. De minuscules grincements émis par les marches en bois se détachaient nettement, malgré ses précautions, sur les roulements lointains du ciel en colère.
A l’extérieur, le pauvre Eddy devait se prendre une sacrée rincée et le maudire jusqu’à la dernière génération.
J’espère qu’il n’aura pas hésité à rentrer dès les premières gouttes, ou qu’il s’est réfugié dans la voiture. Je lui revaudrai tout ça.

    Au bas des escaliers, une porte fermée l’empêchait d’entrer au rez-de-chaussée.
Etonnant, je trouve, de bloquer l’accès à l’étage, chez soi, lorsqu’aucun importun n’est censé s’y trouver...
Il remonta.
Des éclairs commençaient à précéder les grondements de tonnerre. Il se dirigea directement vers la bibliothèque. Trois tiroirs s’empilaient à gauche, qui ne recélaient rien de bien intéressant: nécessaire à couture, bougies, jeux de cartes, d’échecs, de dames, des crayons, des stylos et de l’encre, des enveloppes, des feuilles de papier, une agrafeuse etc. A droite, le tiroir supérieur était fermé à clef. Il ouvrit le gros tiroir en dessous, qui était un classeur, dont les signets colorés dépassaient d’un soufflet en accordéon, et dont chaque pli était une chemise. Il regarda à la lettre L, et trouva ce qu’il cherchait: une enveloppe au nom de Lémak. Mais son contenu n’était pas intéressant: des papiers concernant sa maison d’édition et de la correspondance administrative relative aux droits de L’Oriental. Et du courrier de lecteurs, semblait-il.
Allait-il prendre l’enveloppe, histoire de ne pas rentrer bredouille, pour l’inspecter plus en détail ultérieurement ? Il regarda à toutes les lettres du classeur à tout hasard.
Et s’arrêta au B, figé. Etait-ce bien Bertie qu’il avait cru lire sur une enveloppe ?
Son cœur s’accéléra d’un cran, il prit l’enveloppe, au moment où un éclair éclaboussait la pièce de lumière, suivi aussitôt d’une déflagration sourde et grondante. Les éléments se moquaient de ce petit mortel photographe commettant sa mauvaise action, en le flashant en plein flagrant délit, immortalisant sa faute pour le jour de son ultime jugement.

    Devant Bertie, ce n’était pas un H mais un A, comme Alain Bertie. L’enveloppe contenait entre autres un petit carnet rouge dont les pages étaient couvertes de l’écriture de son père! Sans hésiter, il ferma le tiroir, entrouvrit sa veste noire de chasseur qu’il prenait toujours en reportage, glissa l’enveloppe contre son ventre sous le pull, la coinça dans son pantalon et referma la veste.

    Ce faisant, quelque chose de familier avait interpellé son regard parmi les livres de la bibliothèque qui lui faisait face. Il regarda, sciemment cette fois, et tomba, au milieu d’un rayon de livres d’art de luxe, peinture, photo, architecture, sur L’Ultime Quête. Le même que le sien, excepté bien entendu le numéro.
C’était le premier exemplaire du livre de son père qu’il voyait en dehors du sien. Il le prit et l’ouvrit, dans l’espoir d’y trouver un indice quelconque. Mais il était de plus en plus difficile d’examiner quoi que ce soit dans cette pénombre. Il put toutefois distinguer sur la page de garde une dédicace de l’écriture aérée et très penchée de son père:
A vous, en souvenir de l’été 63, amitiés, A.B.

Hugo réprima des larmes. Il inspecta la fin du volume en vain et le rangea à sa place.
Il jeta un coup d’œil à sa montre: 14h03. Déjà plus d’une demi-heure s’était écoulée.

    Un autre éclair, suivi de trop près d’une véritable déflagration. Mais n’y avait-il pas eu un bruit à la fin du tonnerre ? Comme une porte qu’on aurait pu fermer au rez-de-chaussée ? Hugo se figea et tendit l’oreille.
Rien d’autre qu’un déluge dehors, un martellement de gouttes sur le toit et sur la terrasse, auquel s’ajoutait le flux ininterrompu des gouttières. Il commença tout de même, d’un pas exagérément souple, tel la panthère rose dans le dessin animé, à regagner son cabinet de toilette. On n’y voyait pas grand chose, sauf à l’occasion de chaque éclair. Il s’assit sur le couvercle de la cuvette et se rechaussa
.
Cette fois, il en était sûr, c’était bien une porte en bas. Quelqu’un était là. Lion ou Ambre ? Pour le moment, son apparence n’avait pas d’importance. Son cœur battait à tout rompre.
Il essuya encore toutes les traces avec la serviette, qui était devenue une vraie serpillière. Il la replia néanmoins et la réintégra dans sa pile, ne laissant apparaître qu’une ligne bleu foncé dans le tas de linge.
Après quoi il se glissa à nouveau à travers l’ouverture étroite du vasistas, le plus rapidement et le plus silencieusement possible. Il finit enfin par extraire son corps dégingandé et manqua tomber sur le balcon la tête la première. Il tira le vasistas comme il l’avait trouvé et enjamba la balustrade, assailli soudain par les trombes d’eau que le ciel déversait sans relâche.
Trop confiant, il glissa et tomba sur la réserve de bois juste en dessous, puis roula sur la pente que les bûches formaient jusqu’au fond de la niche. Il fut sonné sur le coup, et souffrit immédiatement du coude gauche et de la tête. Des paillettes clignotaient aux extrémités de son angle de vision.
 
Bon, je m’accorde une minute ou deux avant de bouger, histoire de récupérer. Après tout, je suis à l’abri. Ensuite je bouge.



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