F I L O : A C T E S

Chapitre 8 - fin

le 21/09/2005 à 01h08
-8-



    "On ne peut pas rester là sans rien faire, marmonnait Dom en s'habillant précipitamment, allant et venant dans la chambre où ils avaient passé la journée en joutes érotiques.
- Mais où tu veux aller comme ça? Elle est morte, elle est morte, et c'est marre! Et le mec est parti...
- On n'en est pas sûr, elle vit peut-être, il y a une mince chance pour qu'on puisse encore la sauver et que toute cette merde n'en soit pas une à ce point.
- Pourquoi ne pas dénoncer ce type en appelant la police? Pourquoi prendre le risque d'aller là-bas? T'es cinglé!
Dom brandit son téléphone portable:
- Si j'appelle la police, il vont savoir à qui appartient ce téléphone, je serai obligé d'expliquer comment nous avons été témoins de la scène, et adieu le secret de mon appartement!
- Et alors? Tu fais passer ce secret au dessus de...
- OUI! Au dessus de tout! C'est le dernier no man's land de cette ville, de ce pays, de l'univers entier, tu comprends? La moindre parcelle de terrain appartient à quelqu'un sur cette fichue planète, mais cet appartement échappe à la loi de la société humaine. Il n'existe pas! C'est mon bien le plus précieux, parce que j'ai la chance d'en être le gardien, et je n'ai rien d'autre à moi dans la vie, même pas une famille ou un ami. Et en plus j'ai la vue privilégiée sur cette chambre 321 de l'hôtel, pour moi elle est plus importante que la putain de vue sur le lac!
- Une femme peut mourir, ton appartement-sacré est plus important, c'est ça?
- Justement, je vais voir si elle peut encore être sauvée. En plus... elle est vraiment ...charmante.
- Dom, tu ne sais plus où tu en es, hein? Ta petite routine quotidienne est très bouleversée, hein? Mais je crois que sur ce coup-là, tu ne réfléchis pas assez!
- Reste là, je reviens."

Dom sortit d'un pas décidé de la chambre en enfilant sa veste en laine qui était restée sur une chaise. Puis il traversa l'appartement, et sortit par le cagibi de la cuisine.

Dominique vint s'asseoir sur le lit de la chambre en soupirant. Elle était toujours nue.
Puis elle vit le téléphone portable de Dom, oublié sur le lit.
Puis elle réfléchit.
Puis elle sourit.

Elle attrapa un bout du drap et en enveloppa le portable, en pensant au faux John Malkovich en train d'essuyer ses empreintes sur la poignée de la porte. Puis elle composa le numéro de la police.

"Je vous appelle parce que je viens de commettre un meurtre sur une inconnue dans sa chambre d'hôtel: Hôtel du Lac d'Annecy, chambre 321!" déclara-t-elle d'une voix grave et tremblée.
Elle ouvrit la fenêtre et laissa tomber le portable, puis retourna au judas du placard.

Dom avait dû attendre un moment propice pour se faufiler vers les ascenseurs et pour trouver la chambre, car il n'arriva dans la chambre que dix minutes plus tard.
Elle le regarda, affolé, en sueur, prendre la poignée de la porte à pleine main, oubliant ce genre de détails.
Quel con, mais quel con! se dit-elle en secouant la tête, c'est trop facile.
Il regarda du côté de la femme, et aussitôt trouva le trou au dessus du radiateur, planqué dans les motifs de la tapisserie.
"Dominique? T'es là?"
Elle se retira, elle ne voulait plus... Elle ne pouvait plus.

Au bout d'une minute elle regarda à nouveau, Dom était penché sur le corps, avec une expression désespérée.
"Merde elle est morte, merde!"
C'est alors que la police surgit dans la chambre.

Elle vit tout : comment les hommes maîtrisèrent leur prisonnier, comment ils le fouillèrent, trouvèrent ses papiers, et lui passèrent les menottes, comment ils se penchèrent sur le corps.
Elle entendit vaguement ce qui se disait, notamment Dom qui niait : "Non ce n'est pas moi! Je vous jure!", puis qui l'appelait : "Dominique, Dominique! Qu'as-tu fait?"
Et les hommes qui le tenaient concluaient évidemment qu'il était schyzo...

Puis elle alla à la salle de bains et fit couler de l'eau chaude dans la baignoire. Elle avait besoin de se détendre.
Elle retourna dans la chambre et s'allongea sur le grand lit en attendant le remplissage.

Sa route était donc terminée, une nouvelle vie allait commencer pour elle, elle qui n'avait jusqu'ici rien dans la vie, ni famille, ni ami... elle devenait désormais la nouvelle gardienne de l'appartement.

Et se ferait appeler Dom.


FIN

Commentaires

Par M.Ouche le 04/07/2007 à 19h13

Salut!
Moi je suis mitigé. Tu as un bon style écrit, et tu sais manipuler les belles images.
Personnellement, j'adore la notion de no man's land. Moi, mais ça c'est personnel, j'aurais aimé que cet aspect soit plus développé, en lien avec la solitude du personnage. Un tel lieu doit être très excitant au final, reposant, exceptionnel. Je trouve que ça mérite de s'y attarder. Ce qui est dommage par contre, c'est qu'il y aie besoin d'un plan pour comprendre comment est foutu l'appartement. Sans regarder le plan, je n'avais pas compris comment c'était foutu (j'ai même cru un moment que c'était l'appartement qui était loué comme chambre d'hotel!). Mais bon, d'une part j'étais fatigué donc pas très lucide, d'autre part, un plan, pourquoi pas!
à part ça, et ça c'est une remarque globale, pour ce texte et aussi "outre tombe" (je n'ai à part ça et pour le moment lu que "à propos d'Ana", qui est excellente):
Autant parfois ton récit est immergeant, fluide et prenant: on rentre dans le monde et les personnages que tu nous décris, on visualise, on voyage dans tes lieux, on se plonge dans tes atmosphères. Finalement, on passe au-delà des mots affichés par l'écran ou imprimés sur le papier, qui ne deviennent qu'un vecteur transparent (caractéristique fondamentale d'un bon écrivain quoi!) de l'histoire. Autant à certains endroits, la magie se dégrade, et on a plus l'impression que quelqu'un nous racontes et nous résume une histoire qu'il aurait lu ou entendu quelque-part. DU coup on sort du récit, et on n'est plus qu'un observateur totalement extérieur.
Concrètement, ce phénomène de rupture, dans "l'appartement", est flagrant à partir du moment où le meurtre a lieu. Je trouve qu'à partir de là, il y a un effet "résumé". ça va trop vite, et je ne pourrait vraiment pas t'expliquer comment ou pourquoi. Le sumum, c'est quand la meuf appelle les flics, ainsi que la conclusion. La phrase que tu as écrite, et qui pourrait illustrer mon propos, c'est "Et les hommes qui le tenaient concluaient évidemment qu'il était schyzo...".
Tu vois ce que je veux dire? L'idée est sympa mais balancée comme ça, ça fait "résumé fait par un pote"... De même que l'utilisation des "!" dans le récit, je trouve ça moyen, "cheap". Pareil, je sais pas pourquoi (Peut-être parce que justement, ça nous fait entendre l'intonation de voix du narrateur omniscient qui est sensé s'effecer derrière le récit, un peu comme si un marionnetiste caché dans l'ombre se vautrait sur sa mini scène en plein milieu d'une representation).
Je ne suis pas pro du tout, et j'y connais rien en procédé théorique d'écriture, même si j'écris un peu de temps à autre. Je me contente de te faire part de mon ressenti! Voilà, continues en tout cas, ça fait toujours plaisir, parce que malgré ce que je t'ai dit, qui relève peut etre du pinaillage personnel, putain, qu'est ce que j'ai pu lire comme merde sur le net avant d'arriver ici! Bonne continuation!

Par tylt le 20/10/2006 à 19h07

Là je suis scothcée. Chute completement innatendue.
Bravi brava bravo. (:

Par tourbillon le 22/09/2005 à 10h38

pAS mAL DU tOUT MON CHER fILO!
Fertile imagination, une fin que j'aime beaucoup, du sexe évoqué donc pas vulgaire! Belle nouvelle.



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